... Olivier roulait vite, un peu trop vite, sûr de lui, un peu trop sûr de lui et se sentant invincible comme on se sent la plupart du temps lorsqu’on a trop bu… Il était aussi très excité par la présence féminine à ses côtés et cherchait à l’éblouir, comme le font tous les garçons de son âge. Il ne cessait de parler que pour écouter Julie, il lui jetait de rapides coups d’œil, parfois appuyés. Il espérait la déposer devant sa porte et obtenir un baiser ou à défaut un rendez-vous pour le lendemain. Il avait les mains moites et Julie partageait son émotion. Lorsque leur regards se croisait ils subissaient tous les deux une sorte de décharge électrique dans le ventre, violent et douce à la fois. L’amour a parfois des effets si étonnants et si agréables. Olivier et Julie ne l'avait encore jamais ressenti aussi précis et évident. Ils s'observaient depuis plus d'un mois et cette nuit, être ensemble seuls dans l'obscurité éclairée uniquement par les phares de la voiture leur paraissait être un rêve.
« - C’est vraiment amusant », dit Julie, « il fait si noir qu’on est comme une île de lumière sur l’île de beauté. » Ils rirent tous les deux de l’image et se sentir plus proches encore, complices par cette insularité éphémère.
« - Tu veux qu’on s’arrête un moment ? » Demanda Olivier ?
« - Non, non. Je dois rentrer. J’aimerais bien mais ma sœur m’attend et si on traîne trop elle va se venger en disant tout à mes parents. Et je risque d’être privée de sortie jusqu’à la fin de l’été ! »
« - Ils sont sévères tes parents ! » Constata Olivier, déçu.
« - Oui. Et si tu savais comme ils sont pénibles : toujours sur mon dos ! »
« - Les miens c’est pareil. » Répondit Olivier. « Mais je suis content qu’ils m’aient offert cette voiture. L’année prochaine j’irai à la fac de Corte et… » Olivier n’eut pas le temps de finir sa phrase. Une vache venait d’apparaître dans les lueurs des phares, au beau milieu de la route. Olivier tenta de l’éviter, freina, tourna le volant d’un geste sec et trop ample. La voiture tomba dans le ravin et fit quelques tonneaux avant de s’immobiliser.
Cette conclusion, Olivier ne parvenait pas à s’en souvenir. Il se remémorait la route, les virages nombreux, la discussion avec Julie, la vache, brune ou grise, et rien d’autre.
Photo de la voiture accidentée d'Apolina
qui s'en est sorti vivante mais gravement blessée...
Ca fait reflechir, non ?