7.6.06

Week-end - épisode 2


Voilà la suite de l'histoire... et ce n'est pas encore fini ! il y aura un troisième épisode à venir !
Bonne lecture !

Photo du Cap Corse, du Nebbiu
et de la Balagne

prise par
le satellite SPOT
le 3 août 2003




LUNDI

"Finalement, je ne croyais pas si bien dire en utilisant le mot « aventure » pour parler du week-end ! Ce fut même davantage qu’une aventure, un périple.

Le premier jour s’est déroulé comme prévu. J’ai garé la voiture à l’endroit que nous avions repéré sur la carte. Et nous avons commencé à marcher.

Nous avons installé la tente et attendu tranquillement que la nuit approche pour allumer notre foyer et cuire des pâtes, plat favori des randonneurs. Nous avons passé une excellente soirée en amoureux, et une très bonne nuit loin des bruits des vacances. L’endroit que nous avons choisi pour camper ouvre sur un panorama grandiose, et avec la nuit le ciel, allumé de milliers d’étoiles nous a enchanté.

Le lendemain, après avoir bu un thé accompagné de quelques biscuits, nous avons repris notre chemin des crêtes. J’ai jeté un peu de terre sur mon feu avant de l’abandonner. Ce geste n’est d’aucune utilité car il ne souffle pas la moindre brise, mais il vaut mieux conserver les bonnes habitudes.

Dans la matinée, le vent s’est levé. Je me suis dit que j’avais bien fait d’être prudent. Nous nous sommes abrités sous la crête, coté est, et nous avons avancé alors que le vent devenait de plus en plus violent. Nous avons gravi le Monte Alticcione, un des points culminants du Cap Corse, mais nous n’avons pas pu rester au sommet à cause des bourrasques.

L’après-midi, après un pique-nique et une sieste, le soleil a été caché par un gigantesque nuage sombre : la fumée d’un incendie. Nous avons vite rejoints la crête et son point de vue, pour évaluer et contempler le sinistre. Alors nous avons vu : le maquis crépitant, transformé en brasier, les flammes dansantes, les flammèches emportées par le vent.

Nous sommes restés muets un bon moment devant ce spectacle, comme hypnotisés par l’effroi, avant de concevoir l’imminence de la menace, et la fragilité de notre situation. Lorsque le nuage a englouti le soleil, j’ai enfin songé à consulter la carte. Nous ne pouvions revenir sur nos pas, le feu montait de l’ouest vers la crête, vers nous. Nous avons continué notre chemin en courant presque, le cœur en chamade et le souffle court. Et la chaleur qui nous brûlait et nous inondait de sueur en même temps.

Jusqu’à un des hameaux de Luri, nous n’avons pas échangé un mot, Isa est pourtant bavarde d’habitude. La peur la rendait silencieuses : le feu courait derrière nous. Enfin au tout petit village de Fienu, nous avons rejoint la route vers Luri, et nous avons rapidement été pris en auto-stop et amenés jusqu’à Bastia. Tant pis pour notre voiture, nous ne pouvions de toute façon accéder au Col St Jean à cause des nombreux pompiers répartis à différents endroits les long des routes et chemins carrossables. Sur la route nous ramenant à Bastia, nous avons remarqué les visages inquiets et tendus des habitants des villages cap corsins. J’ai découvert dans leurs yeux la tristesse et le dégoût, l’angoisse et la révolte. Et j’ai ressenti leur peine. Je crois que c’est à ce moment que j’ai compris la profondeur de ce qui relie les Corses à leur île et surtout la souffrance de leur cœur devant leur terre en flamme.

Alors j’ai ressenti mon propre attachement à ce pays et à ces hommes et ces femmes. Peut-être que cette soudaine lucidité venait de la mauvaise conscience qui m’avait frappé l’instant d’avant. Je me suis demandé si mon feu de camp n’était pas à l’origine du drame et du futur désastre de cet incendie, qui commençait à peine. J’ai espéré que ces gens, contemplant leur région partir en fumée, me pardonnent.

Je me souviendrai longtemps de cette escapade, assez longtemps, j’espère, pour ne jamais revivre l’épouvante d’être perdu dans les flammes. A l’avenir, j’irai au camping."

1 Comments:

Blogger Enjésandemy said...

Me voici tardivement!! mais me voila!!
Que dire à tant de certitudes?...
Mon intrigue est maintenant de savoir si ils vont s'en sortir...
Avouer, renier...
Bref!! je vais voir la suite.
Bises
Sand de Enjesandemy

17/6/06 22:27  

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